Il y a quelques semaines, nous assistions à la conférence de Rob Hopkins, fondateur et porte-parole du mouvement des Villes en Transition. Parmi les 7 points qui constituaient l’ossature de son intervention, et qu’il juge être les différents éléments constitutifs de ce nouveau paradigme, il y en a un qui m’a particulièrement frappé, tant il paraît anodin de prime abord, mais se révèle finalement l’un des plus difficile à appréhender. Rob Hopkins l’a formulé de cette manière : Passer de « rejoignez-nous ! » à « comment puis-je vous aider ? ».

LA question : Comment vous y prenez-vous pour convaincre ceux qui ne sont pas (encore) convaincus ?

L’actualité nous donne mille et une occasions de nous mettre en colère, de vivre le ressentiment, le jugement ou la haine. L’inacceptable semble s’imposer à nous d’une manière si brutale, que nous sommes enclins à accepter une vision simplifiée du monde où l’ « autre » (l’immigré, le patron, le banquier, l’entreprise multinationale, l’homme politique, le voisin, le pauvre, le riche, etc…) devient un obstacle à l’avènement du monde dont je rêve. Prenant racine dans ces émotions, notre action prend inévitablement elle aussi la forme de ce manichéisme : protester et montrer l’exemple deviennent les deux faces d’une même pièce : d’un côté il y a « nous » qui avons (forcément !) raison, de l’autre « eux » qui ont tord et qu’il nous faut « convaincre » ou même parfois « combattre ». Dans ce contexte d’actualité politique intense, on voit à quel point ces énergies peuvent être captées et attisées pour des visées électoralistes. C’est le fameux adage : « diviser pour mieux régner ».

L’observateur attentif des phénomènes naturels sera étonné de constater que dans la nature une telle dualité n’existe pas : le vivant s’accommode de tout et de son contraire, utilise et recycle tout en permanence, sans dogmatisme ni a priori. La permaculture en a même fait l’un des ses grands principes : « Intégrer plutôt que séparer ». Les implications de ce principe dans le travail de compréhension du monde qui nous entoure et la conception d’écosystèmes réellement durables et fertiles sont innombrables. Dans ce domaine comme dans les autres, nos seules limites sont le savoir et l’imagination. Pas de « bonnes » ni de « mauvaises » herbes, mais une multitude d’éléments qui interagissent et dont le foisonnement même est un gage de stabilité et de résilience pour l’ensemble du système ! Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus, n’hésitez pas à vous inscrire à l’une de nos formations d’avril, mai et juin (voir notre article).

Ne serait-ce pas une solution de facilité ?

Sortir d’une vision duelle n’est en réalité pas simple du tout. En effet, comment ne pas céder à l’amertume et au désespoir quand nous voyons (ou croyons) que nous ne sommes que quelques-uns à vouloir transformer les choses ? C’est la puissance de la démarche de transition que nous avons mise en pratique depuis 2014 à travers l’Oasis de Serendip, notamment en tentant de suivre les 4 accords toltèques, et particulièrement la démarche de pardon qui l’accompagne. Elle nous donne accès à un pardon sans culpabilité et sans humiliation, un pardon qui nous restitue notre liberté d’agir dans une relation pacifiée au monde. Elle repose sur un « truc » imparable : il ne s’agit pas de pardonner à qui ou quoi que ce soit, mais de se pardonner à soi-même d’avoir utilisé l’autre pour alimenter notre ressentiment ou notre haine. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les cercles de pardon, n’hésitez pas à aller faire un tour sur la chaîne de l’association pardon international !

Est-ce que (se) pardonner veut dire qu’au final nous sommes d’accord avec ce qui se passe dans le monde ou que nous acceptons les choses ? Certainement pas ! Cela ne change rien au fait que nous ne sommes pas d’accord avec ce que fait Monsanto par exemple. Mais ce n’est pas par ce que nous n’acceptons pas l’inacceptable que nous choisissons pour autant de fonder notre action sur la haine et la peur. Dans cette démarche, je n’attends pas en victime que l’autre reconnaisse ses torts : je m’occupe de ma part de responsabilité : avoir utilisé Monsanto (ou toute autre entreprise, groupe, personne ou symbole) pendant toutes ces années pour nourrir mon ressentiment et ma peur et justifier d’avoir fermé mon coeur.

Réalisée avec authenticité, cette démarche nous offre la possibilité de sortir de nos cercles de « militants » convaincus d’être des « pionniers », et de tendre la main à ces « autres » jusque-là fustigés en utilisant cette simple question : « Comment puis-je vous aider ? ». Qu’est-ce que soutenir la transition finalement, si ce n’est inventer une forme pacifiée de révolution, tournée vers la transformation de soi et la construction d’une nouvelle forme de vivre-ensemble ?

Tout ça ne manquerait-il pas un peu de réalisme ?

On nous oppose parfois l’argument que cette vision du monde manque de réalisme, et ne serait valable que dans le monde des « bisounours ». Faites-en l’expérience, et vous verrez qu’elle est au contraire tout ce qu’il y a de pragmatique. Nous avons déjà eu l’occasion d’en tester la redoutable efficacité ! Dans de nombreuses situation en effet, aussi bien en famille qu’au travail ou auprès des amis, l’exposé d’une vision du monde dénuée de colère ou de cynisme a suscité plus d’intérêt, de curiosité et a généré bien plus d’échange que ce que nous pouvions connaître auparavant. Autres effets qui sont loin d’être anodins : cette forme de lâcher-prise a aussi un impact positif à court terme sur notre moral, et à long terme sur notre santé.

L’histoire de l’Oasis de Serendip est remplie d’anecdotes et de moments décisifs liés de près ou de loin à ce principe : l’énergie que nous ne mettons pas (ou plus) à tenter de convaincre nos contemporains en protestant ou en nous érigeant en modèles, nous pouvons désormais la consacrer à tenter de faire notre part et à aimer ce que nous faisons, sans arrière pensée de quelque nature que ce soit. C’est un chemin qui n’est pas facile, mais que nous sommes heureux de suivre. Loin de nous l’idée de l’imposer à qui que ce soit, nous voulons simplement témoigner de ce que cela existe, et que nous sommes de plus en plus nombreux à tenter chaque jour de l’emprunter.

Vive la transition !

Samuel

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